Citradia 139 : le porte-greffe qui change tout pour vos citronniers
Si vous avez déjà perdu un citronnier après un hiver un peu rude, ou vu un arbre végéter pendant des années dans un sol lourd, il y a de fortes chances que le problème vienne… du porte-greffe. Aujourd’hui, on va parler d’un porte-greffe assez discret mais très intéressant : le Citradia 139.
Dans cet article, je vais vous expliquer, de façon très concrète :
- ce qu’est le Citradia 139 et dans quels cas il est intéressant,
- ses avantages et limites pour vos citronniers,
- comment le planter et l’entretenir,
- les erreurs fréquentes à éviter,
- et quelques repères saisonniers pour bien l’utiliser au jardin ou en pot.
Objectif : que vous puissiez décider, en connaissance de cause, si ce porte-greffe est adapté à votre terrain, à votre climat… et à votre patience.
Citradia 139, c’est quoi exactement ?
Le Citradia 139 est un porte-greffe hybride, utilisé pour greffer des agrumes, notamment les citronniers. C’est un croisement entre des espèces proches du Poncirus trifoliata (l’oranger trifolié, connu pour sa rusticité) et des oranges douces. Il est généralement décrit comme :
- rustique au froid (plus que beaucoup d’autres porte-greffes courants),
- plutôt vigoureux, avec un bon développement racinaire,
- adapté aux vergers de pleine terre dans les régions à hivers frais.
Concrètement, il a été sélectionné pour des zones où l’on veut garder des agrumes en pleine terre, mais où l’hiver n’est pas toujours tendre. Sur mon propre terrain, dans un vallon un peu exposé au mistral, c’est un des porte-greffes qui supporte le mieux les coups de froid sur les jeunes arbres.
Dans quels cas choisir un citronnier sur Citradia 139 ?
Autant être clair : le Citradia 139 n’est pas “magique” et ne convient pas à toutes les situations. Il devient intéressant dans les cas suivants :
- Climat aux hivers frais à froids modérés : si vous avez régulièrement des températures proches de -5 °C, voire des pics un peu en dessous, et que vous souhaitez quand même garder vos citronniers en pleine terre.
- Sol ni trop calcaire, ni trop pauvre : il aime les sols légers à moyennement lourds, bien drainés, légèrement acides à neutres. Les sols très calcaires posent souvent problème (chloroses, jaunissements).
- Projet à long terme : c’est un porte-greffe intéressant pour un arbre de jardin qu’on veut garder longtemps, pas pour du “jetable en pot plastique sur le balcon”.
- Besoin d’un arbre solide : si votre terrain est un peu venté, ou soumis à des épisodes de fortes pluies, la structure racinaire du Citradia 139 donne un ancrage correct et une bonne tenue générale.
En revanche, ce n’est pas le meilleur choix si :
- votre sol est très calcaire (taches jaunes entre les nervures des feuilles, eau très dure),
- vous jardinez uniquement en gros pot sur balcon très abrité,
- vous voulez un arbre “nain” qui reste très compact : il a une vigueur moyenne à forte.
Avantages et limites du Citradia 139 pour les citronniers
Pour vous aider à comparer, voici ce que j’observe sur les citronniers greffés sur Citradia 139, par rapport à d’autres porte-greffes :
Les avantages :
- Bonne résistance au froid : en sujet bien établi (3–4 ans en place), les dégâts au-dessus du point de greffe restent limités lors de petites gelées. Sous abri ou voile d’hivernage, les arbres encaissent mieux que ceux sur certain porte-greffes plus sensibles.
- Croissance régulière : le Citradia 139 pousse de façon assez équilibrée, sans excès de vigueur incontrôlable, mais sans rester chétif non plus.
- Entrée en production correcte : si le greffon est bien choisi (par exemple un citronnier des 4 saisons ou un Eureka), la mise à fruit est raisonnablement rapide, souvent à partir de la 3ᵉ ou 4ᵉ année après plantation en bonne condition.
- Bonne adaptation aux terrains un peu frais : sur mes parcelles plus lourdes, il tient mieux que certains porte-greffes très sensibles à l’excès d’eau temporaire.
Les limites :
- Sensibilité aux sols très calcaires : comme beaucoup d’hybrides proches du Poncirus, il montre vite des signes de chlorose si le sol est trop calcaire, surtout chez le citronnier qui y est déjà sensible.
- Pas le plus compact : pour les jardins minuscules ou les formes très serrées contre un mur, il faudra prévoir une taille régulière pour garder une belle structure.
- Demande un vrai travail de sol à la plantation : il apprécie beaucoup les sols ameublis en profondeur et bien structurés. Planté “à la va-vite” dans un trou trop petit, il met longtemps à démarrer.
Bien choisir son emplacement pour un citronnier sur Citradia 139
Avant même d’acheter l’arbre, prenez 10 minutes pour analyser votre terrain. Cela évite des années de déception.
Observation du sol :
- Si votre terre forme facilement des mottes dures et se craquelle l’été : sol plutôt argileux.
- Si elle reste légère, sableuse, se réchauffe vite au printemps : sol plus filtrant, idéal avec un peu de compost.
- Si vous avez souvent des traces blanches en surface après évaporation de l’eau, une eau très “calcaire” au robinet, des roches claires affleurant : méfiance, le calcaire peut poser problème.
Emplacement idéal :
- Exposition : plein sud ou sud-est, à l’abri des vents froids dominants.
- Zone légèrement surélevée plutôt que cuvette gélive.
- Distance d’au moins 2,5 à 3 m des autres arbres pour lui laisser de la lumière.
Dans mon jardin, les Citradia 139 les plus vigoureux sont ceux plantés en bord de restanque, talus léger, où l’eau s’évacue bien mais où la terre reste fraîche au printemps.
Planter un citronnier sur Citradia 139 : la méthode pas à pas
La période idéale pour planter en pleine terre se situe :
- en automne (octobre–novembre) dans les régions aux hivers doux,
- au printemps (mars–avril) dans les régions plus froides.
Outils nécessaires :
- bêche ou pelle,
- fourche-bêche,
- seau ou grande bassine,
- tuteur solide (2 m), lien souple,
- terreau de plantation ou compost mûr,
- paillage (BRF, feuilles mortes, paille, etc.).
Étape 1 : préparation du trou
- Creusez un trou d’au moins 50 cm de profondeur et 60–70 cm de diamètre.
- Ameublissez le fond avec la fourche-bêche sur 10–15 cm sans retourner la terre : les racines y descendront plus facilement.
- Mélangez la terre extraite avec 20 à 30 % de compost bien mûr ou de bon terreau. Évitez les fumures fraîches (fumier non décomposé, etc.).
Étape 2 : préparation de l’arbre
- Placez la motte dans un seau d’eau pendant 10–15 minutes si elle est sèche.
- Dégagez délicatement quelques racines si elles tournent en rond au fond du pot.
- Repérez bien le point de greffe : renflement au-dessus du collet. Il doit rester au-dessus du sol fini, toujours visible.
Étape 3 : mise en place
- Plantez le tuteur face au vent dominant avant de mettre l’arbre, pour ne pas abîmer les racines après.
- Installez la motte au centre, de façon à ce que le haut de la motte arrive au niveau du sol (jamais enterrée).
- Rebouchez en tassant légèrement avec le pied tous les 10–15 cm de terre ajoutée.
- Vérifiez une dernière fois que le point de greffe est bien 3–5 cm au-dessus du sol.
- Attachez le tronc au tuteur avec un lien souple en forme de “8”, sans serrer.
Étape 4 : arrosage de plantation
- Formez une petite cuvette autour du tronc (diamètre 60–80 cm).
- Arrosez avec 15 à 20 L d’eau, même s’il pleut : cela met la terre en contact avec les racines.
- Une fois l’eau infiltrée, placez un paillage sur 5–8 cm d’épaisseur, en laissant 5 cm libres autour du tronc pour éviter l’humidité direct contre l’écorce.
Entretien saison par saison d’un citronnier sur Citradia 139
Printemps (mars à mai)
- Surveillez les jeunes pousses : elles doivent être d’un vert franc, légèrement brillant.
- Arrosez si la météo est sèche : en sol moyen, comptez environ 10–15 L tous les 7–10 jours pour un jeune arbre, en adaptant à la pluie.
- Apportez un engrais adapté agrumes ou un mélange maison (par exemple compost mûr + un peu de corne broyée) en griffant légèrement la surface sur 3–4 cm.
Été (juin à août)
- Vérifiez l’humidité du sol à la main : en enfonçant un doigt sur 8–10 cm. Si c’est sec, arrosez.
- En période chaude, prévoyez en moyenne 15–20 L d’eau par semaine pour un jeune sujet, répartis en 1 ou 2 arrosages bien faits, plutôt le soir.
- Surveillez les signes de stress hydrique : feuilles qui pendent en fin de journée, jaunissements rapides sur feuilles récentes.
Automne (septembre à novembre)
- Réduisez progressivement les arrosages, surtout si les pluies reviennent.
- Vérifiez l’état général des feuilles : un jaunissement entre les nervures peut indiquer une chlorose liée au calcaire ou à un sol trop tassé.
- Renouvelez le paillage avant l’hiver pour garder le sol plus stable en température.
Hiver (décembre à février)
- En cas d’annonce de fortes gelées, protégez le houppier avec un voile d’hivernage, surtout les 3–4 premières années.
- Ne fertilisez pas à cette période.
- Arrosez seulement si l’hiver est anormalement sec et doux, avec un apport modéré (5–10 L) une fois par mois, hors gel.
Taille et formation sur Citradia 139
Le Citradia 139 donne en général un arbre assez équilibré, mais un minimum de taille reste nécessaire.
Objectif de la taille les 3 premières années : construire une charpente solide, bien aérée.
- Choisissez 3 à 4 branches charpentières, bien réparties autour du tronc, à environ 50–70 cm du sol.
- Supprimez les départs trop bas ou mal orientés.
- Raccourcissez légèrement les prolongements trop vigoureux pour éviter que l’arbre ne monte trop vite en hauteur.
Ensuite, chaque année :
- Éliminez le bois mort, les branches qui se croisent et celles tournées franchement vers l’intérieur.
- Repérez et coupez les rejets de porte-greffe (rameaux partant sous le point de greffe, souvent avec feuilles différentes, parfois trifoliées). Ne les laissez jamais se développer, sinon le porte-greffe prend le dessus.
- Évitez les grosses tailles sévères d’un coup. Mieux vaut corriger un peu chaque année.
Erreurs fréquentes avec le Citradia 139 (et comment les éviter)
Après quelques années à utiliser ce porte-greffe, je retrouve toujours les mêmes erreurs chez mes voisins ou stagiaires.
- Enterrer le point de greffe
Résultat : risque de pourriture, rejet de porte-greffe, arbre qui régresse.
Solution : en fin de plantation, le point de greffe doit être net, visible, au-dessus du sol. Si vous avez déjà planté trop bas, découvrez légèrement autour du tronc. - Planter dans un sol très calcaire sans correction
Résultat : chloroses à répétition, feuilles jaune pâle avec nervures vertes, arbre qui végète.
Solution : en sol vraiment calcaire, préférez un autre porte-greffe plus tolérant, ou cultivez le citronnier en gros pot avec un mélange adapté. - Arroser souvent, mais peu
Résultat : racines qui restent en surface, arbre sensible à la sécheresse, blocages de croissance.
Solution : mieux vaut un bon arrosage copieux (15–20 L) puis laisser le sol ressuyer que des petits arrosages fréquents. - Ne pas contrôler les rejets de porte-greffe
Résultat : feuillage hétérogène, fruits de mauvaise qualité si le greffon est dépassé.
Solution : dès qu’un rameau part sous le point de greffe, coupez-le au ras de son point de départ, sans laisser de moignon. - Vouloir fertiliser trop fort la première année
Résultat : excès de sels dans le sol, brûlures possibles, croissance déséquilibrée.
Solution : la première année, misez sur un bon sol bien préparé + compost, et une fertilisation légère au printemps suivant, pas plus.
Et en pot, que vaut un citronnier sur Citradia 139 ?
On me pose souvent la question : “Est-ce que je peux garder un citronnier sur Citradia 139 en pot sur ma terrasse ?”
Techniquement, oui, mais ce n’est pas le plus pratique. Voici les points à garder en tête :
- Volume de pot : prévoyez un pot d’au moins 40–50 L pour que le système racinaire puisse s’installer correctement.
- Substrat : mélange drainant (par exemple 40 % terre végétale, 40 % terreau agrumes, 20 % sable grossier ou pouzzolane fine).
- Arrosage : plus fréquent qu’en pleine terre, surtout l’été. Le pot peut sécher en 2–3 jours en plein soleil et vent.
- Taille : indispensable pour limiter la hauteur et garder une ramure équilibrée.
Si votre priorité est la culture en pot, d’autres porte-greffes plus “calmes” seront souvent plus adaptés. Le Citradia 139 montre vraiment son intérêt en pleine terre, dans un jardin où l’on vise un bel arbre durable.
Faut-il choisir le Citradia 139 pour vos citronniers ?
Pour résumer de façon très pratique, le Citradia 139 vaut la peine d’être choisi si :
- vous jardinez en région à hiver frais mais pas extrême,
- votre sol n’est pas excessivement calcaire,
- vous pouvez offrir à l’arbre un emplacement bien exposé et un minimum de soins (arrosage suivi, taille légère, contrôle des rejets),
- vous cherchez un citronnier de pleine terre, solide, pour du long terme.
Si vous vous reconnaissez dans cette situation, un citronnier greffé sur Citradia 139 peut devenir un très bon compagnon de jardin, capable de vous donner des fruits réguliers après quelques années de mise en place. Comme toujours en culture d’agrumes, tout commence par un bon porte-greffe… et un jardinier qui observe vraiment son arbre, saison après saison.