Pourquoi bouturer un olivier (et dans quels cas ça vaut vraiment le coup)
L’olivier se bouture très bien… à condition de respecter quelques règles simples. Bouturer permet de :
- Multiplier un olivier que vous aimez déjà (forme, goût des olives, résistance au froid).
- Remplacer un vieil arbre fatigué sans repartir de zéro avec une variété inconnue.
- Remplir une haie, un talus ou des bacs sans exploser le budget en pépinière.
En revanche, bouturer un olivier trouvé au hasard chez un voisin, sans savoir s’il donne des olives correctes, n’a pas beaucoup d’intérêt. Prenez toujours du bois sur un arbre que vous connaissez un minimum : production, vigueur, résistance aux maladies ou au gel.
La meilleure période pour bouturer un olivier
On peut bouturer l’olivier presque toute l’année, mais toutes les périodes ne se valent pas.
Dans mon jardin dans le Var, j’obtiens les meilleurs résultats :
- De fin août à fin septembre : bois semi-aoûté, bien mûr mais encore vivant et souple.
- Au printemps (avril-mai) : sur des rameaux formés l’année précédente.
Évitez :
- Les fortes chaleurs de juillet-août (stress hydrique, dessèchement rapide).
- L’hiver en extérieur, sauf si vous avez une serre hors gel (lenteur d’enracinement, risques de pourriture).
Un bon repère visuel : choisissez des rameaux qui ont fini leur pousse de l’année, avec une écorce déjà légèrement dure et grise, mais pas encore très ligneuse comme le bois vieux.
Quel type de rameau prélever sur l’olivier mère
Le choix du bois est plus important que le reste. Si vous ratez cette étape, les chances de reprise chutent.
Préférez :
- Des rameaux de l’année précédente, sains, sans blessure ni maladie.
- Une longueur finale de bouture de 12 à 15 cm.
- Un diamètre de 4 à 8 mm (à peu près un crayon à papier).
- Du bois prélevé plutôt sur la périphérie de l’arbre, bien exposé à la lumière.
Évitez :
- Le bois très jeune, vert tendre, qui se plie comme une herbe : il sèche vite.
- Le bois très vieux et rigide : difficile à faire raciner.
- Les rameaux porteurs de fleurs ou de fruits : l’énergie part dans la production, pas dans les racines.
Astuce de terrain : si le rameau casse net et sec quand vous le pliez fortement, il est souvent trop vieux pour le bouturage. S’il plie un peu puis casse, avec un cœur encore légèrement vert, c’est souvent le bon stade.
Le matériel nécessaire (avec les options “système D”)
Pour bouturer proprement, pas besoin de gros budget. Voici ce que j’utilise chez moi :
- Sécateur bien affûté et désinfecté (alcool à 70 % ou flamme).
- Cutter ou petit couteau bien aiguisé pour les finitions de coupe.
- Hormone de bouturage en poudre (fortement recommandé pour l’olivier).
- Pots de 9 à 12 cm de diamètre, avec trous de drainage.
- Substrat drainant : par exemple 50 % terreau universel + 50 % sable de rivière ou pouzzolane fine.
- Bassin ou seau pour humidifier le substrat.
- Sac plastique transparent ou mini-serre pour maintenir l’humidité.
- Étiquette (nom de la variété, date de bouturage).
Version “système D” :
- À défaut de sable de rivière, un terreau pour semis bien léger peut convenir, en ajoutant un peu de gravier fin (non calcaire si possible).
- Si vous n’avez pas d’hormone de bouturage, le taux de réussite baisse, mais vous pouvez tenter quand même. Sur une série de 10 boutures, je suis passé d’environ 7 réussites avec hormone à 3 ou 4 sans.
Préparer les boutures d’olivier étape par étape
Voici ma méthode détaillée, que j’utilise aussi bien pour mon propre jardin que lors de mes formations :
1. Prélever les rameaux
- Travaillez de préférence le matin, quand la plante est bien hydratée.
- Coupez des rameaux de 20 à 25 cm sur l’arbre mère.
- Glissez-les immédiatement dans un sac plastique à l’ombre, pour éviter le dessèchement.
2. Recouper à la bonne longueur
- Ramenez les rameaux à une longueur de 12 à 15 cm.
- La coupe du bas doit être franche et nette, juste sous un nœud (là où part une feuille ou un bourgeon).
- La coupe du haut se fait 1 cm au-dessus d’un nœud, en coupe droite.
3. Nettoyer le bas de la bouture
- Supprimez les feuilles sur le tiers inférieur de la bouture (la partie qui sera enterrée).
- Sur le reste, ne gardez que 4 à 6 feuilles en haut, pas plus.
L’idée est de limiter la surface d’évaporation tout en gardant assez de feuilles pour que la bouture continue à vivre.
4. Légère blessure stimulante (option avancée)
- Avec le cutter, grattez très légèrement l’écorce sur 1 cm de haut, sur un seul côté de la base de la bouture.
- On doit voir un léger vert clair, sans entamer profondément le bois.
Cette “micro-blessure” stimule parfois la formation de racines adventives à cet endroit. À utiliser avec douceur : une blessure trop forte favorise les pourritures.
Le substrat idéal pour faire raciner l’olivier
L’olivier n’aime pas les excès d’eau. Un terreau lourd, argileux, gorgé d’eau, est le meilleur moyen de tout perdre.
Pour mes boutures, j’utilise un mélange :
- 50 % terreau universel de bonne qualité, tamisé si possible.
- 50 % sable de rivière lavé (granulométrie 0/4) ou pouzzolane fine (2-4 mm).
Repères concrets :
- Quand vous serrez une poignée de substrat humide dans la main, il doit former une boule qui se tient, mais se désagrège facilement en ouvrant la main.
- S’il reste collé, c’est trop lourd. S’il ne tient pas du tout, c’est trop drainant et sec.
Utiliser l’hormone de bouturage correctement
L’hormone de bouturage n’est pas obligatoire, mais très utile pour l’olivier, surtout si vous débutez.
Mode d’emploi :
- Humidifiez la base de la bouture (2 à 3 cm) avec de l’eau.
- Trempez la base dans la poudre d’hormone.
- Tapotez légèrement pour enlever l’excédent (une couche fine suffit).
Erreur fréquente : en mettre trop. Une couche très épaisse ne fait pas mieux raciner, au contraire, ça peut brûler les tissus. Mieux vaut en mettre peu mais partout sur la base.
Planter les boutures : profondeur, espacement et premiers arrosages
1. Remplir les pots
- Remplissez vos pots avec le substrat humide, sans trop tasser.
- Tassez uniquement en tapotant le pot sur la table.
2. Mettre en place les boutures
- Faites un trou avec un crayon ou un bâton, sur 5 à 6 cm de profondeur.
- Insérez la bouture, sans racler la base pour ne pas enlever l’hormone.
- Tassez délicatement le substrat autour avec les doigts.
Profondeur recommandée : environ un tiers de la hauteur de la bouture enterré.
3. Arroser juste ce qu’il faut
- Arrosez doucement jusqu’à ce que l’eau commence à sortir par les trous du fond.
- Laissez ensuite bien égoutter le pot.
Le substrat doit être bien humide au départ, mais jamais détrempé en permanence.
Où installer les boutures et comment gérer la lumière
Les boutures aiment :
- La lumière vive mais sans soleil direct brûlant.
- Une température stable entre 18 et 25 °C.
- Une ambiance humide mais bien aérée.
Chez moi, je place les pots :
- Sous un auvent orienté est, qui reçoit le soleil du matin seulement.
- Ou dans une mini-serre ouverte quelques heures par jour pour éviter le confinement.
Si vous utilisez un sac plastique :
- Placez le sac sur le pot en formant une sorte de tente.
- Percez quelques petits trous pour la ventilation.
- Ouvrez le sac 10 à 15 minutes par jour les premiers temps pour éviter les moisissures.
Arrosage et entretien pendant l’enracinement
C’est là que tout se joue. Beaucoup de boutures meurent non pas au moment de la coupe, mais dans les 3 à 6 semaines qui suivent, par excès d’eau ou de sécheresse.
Repères d’arrosage :
- Vérifiez avec le doigt à 2-3 cm de profondeur.
- Si c’est sec en surface mais encore frais en dessous, attendez.
- Si c’est sec sur 3 cm, arrosez légèrement.
En général, dans un climat méditerranéen, je me limite à :
- Un arrosage léger tous les 4 à 7 jours en fin d’été.
- Tous les 7 à 10 jours au printemps, selon la météo.
Attention aux signes d’alerte :
- Feuilles qui noircissent ou moisissures blanches en surface : souvent trop d’eau, manque d’aération.
- Feuilles qui s’enroulent et deviennent cassantes : manque d’eau ou air trop sec.
Combien de temps pour que ça racine (et comment vérifier sans tout casser)
L’olivier est lent à se décider. Ne vous attendez pas à des racines en 10 jours, ce n’est pas du géranium.
Dans de bonnes conditions :
- Les premières racines commencent à apparaître en 4 à 8 semaines.
- Un enracinement correct demandera plutôt 3 à 4 mois.
Pour vérifier sans déranger :
- Observez la base du pot : des racines peuvent devenir visibles dans les trous de drainage.
- Tenez le rameau entre deux doigts et remuez très légèrement : s’il résiste bien, qu’il “tient” dans le pot, il commence à s’enraciner.
Erreur classique : démouler le pot toutes les 2 semaines pour “voir les racines”. Vous cassez alors les jeunes racines très fragiles, et la bouture repart à zéro, quand elle ne meurt pas.
Quand et comment rempoter les boutures réussies
Quand vous voyez que :
- Les feuilles restent bien vertes et fermes.
- De nouvelles pousses apparaissent (petites feuilles tendres en extrémité).
- Les racines pointent sous le pot ou collent la motte.
Vous pouvez envisager le rempotage.
Période idéale :
- Printemps (avril-mai) ou fin d’été (septembre), en évitant les grosses chaleurs et le gel.
Méthode :
- Préparez un pot plus grand (15 à 20 cm) avec un mélange un peu plus riche : 60 % terreau, 40 % sable ou drainage.
- Démoulez la motte en la gardant intacte.
- Installez-la au centre du nouveau pot, complétez autour sans trop tasser.
- Arrosez modérément et placez à mi-ombre pendant 2 à 3 semaines.
Ne mettez pas directement votre jeune olivier en plein soleil brûlant : il sort d’une phase délicate, il a besoin d’une petite période de transition.
Planter en pleine terre : patience obligatoire
Un olivier issu de bouture reste plus fragile les premières années qu’un plant greffé de pépinière. Pour la pleine terre, j’attends en général :
- 2 à 3 ans en pot, le temps que l’arbre forme un bon système racinaire.
Pensez aussi à votre climat :
- En zone douce méditerranéenne (gel rare et léger), on peut envisager la plantation en pleine terre plus tôt.
- En zones plus froides, gardez-le en pot plus longtemps, pour pouvoir l’abriter l’hiver.
Erreurs fréquentes à éviter avec le bouturage de l’olivier
Sur le terrain, je retrouve toujours les mêmes problèmes chez les débutants. Autant les éviter dès le départ :
- Substrat trop lourd : terre de jardin argileuse, non allégée. Résultat : pourriture de la base, odeur de moisi.
- Arrosage trop fréquent : obsession de “bien s’en occuper”. Une bouture n’est pas une plante en pot classique.
- Trop de soleil direct : feuilles brûlées en quelques jours, surtout derrière une vitre.
- Trop de feuilles gardées : évaporation maximale, tige qui sèche en quelques semaines.
- Manipulations répétées : on bouge, on tourne, on soulève les pots tout le temps. Les micro-racines détestent ça.
- Choix d’un mauvais rameau : bois malade, trop vieux ou trop tendre.
Cas pratique : ce que j’observe chez moi, en chiffres
Dans mon jardin, avec un climat méditerranéen “classique” :
- En bouturant 20 rameaux fin août avec hormone, substrat drainant et mi-ombre, j’obtiens en moyenne 12 à 16 boutures bien enracinées au bout de 4 mois.
- Sur la même base sans hormone, je descends plutôt à 6 à 8 réussites.
- En plein été (juillet), par forte chaleur, le taux de réussite s’effondre (2 ou 3 sur 20), même avec toutes les précautions.
C’est pour cette raison que je conseille toujours de bouturer en série : ne faites pas 2 ou 3 boutures, faites-en 10 ou 20 selon la place dont vous disposez. Même avec 50 % de réussite, vous aurez largement de quoi former de beaux petits oliviers.
Que faire des boutures ratées (et comment progresser)
Si au bout de 2 ou 3 mois :
- Les feuilles sont toutes tombées.
- La tige est brune, sèche et cassante.
La bouture est perdue. Ce n’est pas un échec, c’est un indicateur.
Posez-vous ces questions concrètes :
- Le substrat sentait-il fort le moisi ? (trop d’eau)
- La surface était-elle toujours sèche comme de la poussière ? (pas assez d’eau)
- Les feuilles avaient-elles brûlé au soleil ? (exposition trop forte)
- Avez-vous beaucoup manipulé, déplacé, regardé “dedans” ? (racines cassées)
Notez votre méthode sur un carnet : date, météo, substrat, fréquence d’arrosage, exposition. La fois suivante, modifiez un paramètre à la fois. En 2 ou 3 saisons, on trouve son protocole idéal, adapté à son propre jardin.
Avec l’olivier, il faut accepter le temps long. Mais le jour où vous verrez votre premier petit arbre, issu d’une simple branche prélevée sur l’olivier familial ou celui d’un voisin, vous verrez que ces quelques mois de patience valaient largement l’effort.